Fin octobre, début novembre, trou noir pour la presse

Jean 14:18 : ‘‘Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous’’. Ce verset biblique du nouveau testament
dit tout, durant cette période de la perte de l’éditricedirectrice du journal indépendant Le Souverain Libre.
Après tant d’amertume, un autre verset était soufflé dans la foulée : Jérémie 31:13 : ‘‘[…] Je changerai leur
deuil en allégresse, et je les consolerai; je leur donnerai de la joie après leurs chagrins’’. La mort de cette fervente chrétienne catholique est intervenue courant octobre, comme celle de plusieurs archevêques de
la ville de Bukavu. Au-delà de cet aspect, on a aussi retenu que Solange Lusiku fut une missionnaire du
monde pour la démocratie.

Psaume 34:19 : « L’Eternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, Et il sauve ceux qui ont l’esprit dans l’abattement.
» La province du Sud-Kivu se vide mystérieusement de ses leaders depuis plus de vingt ans. A la disparition de
Mme Solange Lusiku en octobre, on ajoute celles, tout aussi mystérieuses, de Mgr Christophe Munzihirwa
Mwene Ngabo, archevêque de Bukavu (assassinat, le 29 octobre 1996) ; de son successeur, Mgr Emmanuel Kataliko (le 4 octobre 2004) et de Mgr Charles Mbogha Kambale (le 9 octobre 2009). Solange Lusiku, l’insoumise Docteur honoris causa de l’Université catholique de Louvain, qui a secoué les limites des violences basées sur le genre dans le pays, avec le combat démocratique réel qu’elle a mené, forte de ses qualités de femme courage du monde.
Elle vient de succomber au terme d’une courte maladie, ce 13 octobre 2018 dans la capitale, Kinshasa.

Une femme de valeur qui part si tôt… !

Plusieurs fois sollicitée en coulisse par le régime en place pour occuper de hautes fonctions politiques, sans succès, la révoltée «Sol Sol», victime permanente de son franc-parler et de son dévouement à la justice sociale jugeait
inutile de conjuguer avec ces individus qui ont observé le peuple se faisant voler, violer, en gardant les yeux fermés sur ce mal. Elle a eu même à refuser certains prix lui décernés parce qu’elle jugeait elle-même ces prix comme
étant partisans, avec une tendance manifeste à acheter sa conscience

De très précieux militants décèdent tous en octobre

S’il y en a une qui est morte comme elle a vécu, en ce mois d’octobre 2018, à Bukavu, c’est Mme Solange Lusiku Nsimire… Rappelez-vous bien : le mois d’octobre a été proclamé mois missionnaire dans le monde par le pape François depuis 2017. Si les mariales se contentent de dire que le mois d’octobre est le mois marial, la ville de Bukavu pourra en dire beaucoup au sujet de son caractère mystérieux. C’est durant ce mois énigmatique, en effet, que Monseigneur Muzihirwa fut assassiné. Ce fervent défenseur des droits humains est mort sur le champ d’honneur, au terme d’un martyre, le 29 octobre 1996, jour même de l’entrée des troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, Afdl, de feu Laurent Désiré Kabila. Ceci a eu lieu alors même qu’il prêchait ardemment
la paix et le patriotisme. Quelques années plus tard, comme pour immortaliser la vérité, le soir du 9 octobre 2009 à
18 h 30’, à la Librairie Uopc de Bruxelles, 14-16, avenue Gustave Demey (métro Hermann Debroux), le monde assistait à la présentation du livre de Joseph Sagahutu, titré ‘‘Espérer contre toute espérance : Assassinat de l’Archevêque de Bukavu Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo’’, pendant que le peuple bukavien avait déjà été surpris, le 4 octobre 2004, par la mort de Mgr Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu. Ce dernier était décédé en héros à Rome, après une lutte évangélique courageuse pour la dignité de son peuple. Ce digne homme de Dieu
avait été forcé d’aller en exil sept mois durant, hors de son archidiocèse par la sanguinaire rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie, Rcd. A son propos aussi, l’on a soupçonné qu’il avait été empoisonné par ses oppresseurs, en raison de son combat permanent pour l’avènement d’une société de paix. Toutefois, le
communiqué officiel évoquant sa disparition fait allusion à un diagnostic d’infarctus du myocarde comme cause de sa mort, à l’âge de 68 ans, dans la nuit du 3 au 4 octobre. Il se trouvait à Rome, où il était allé prendre part à une
réunion du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar. Ses obsèques ont eu lieu dans cette même ville, le jeudi 5 octobre 2004, et son corps a été rapatrié deux jours plus tard.
Mais les maux du mois d’octobre ne s’arrêtent pas là, car le 9 octobre 2009, l’archidiocèse de Bukavu s’est de nouveau retrouvé en deuil : son Archevêque, Mgr Charles Mbogha Kambale, décédait en ce dimanche, après
une longue maladie. Ce prélat est mort à l’hôpital de Bukavu, où il se trouvait depuis le 19 septembre précédent. Les médecins avaient jugé indispensable son hospitalisation à Bukavu, car son état ne permettait pas de le transporter
vers l’Europe. ‘‘Devant cette situation, avait déclaré le responsable des Communications sociales du diocèse et directeur de Radio Maria Malkia wa Amani, les fidèles de Bukavu s’en sont remis à la volonté de Dieu et ont fait des
neuvaines de prières en faveur de l’Archevêque’’. ‘‘La Providence en a décidé autrement, avait-il continué. Mgr
Charles nous a quittés dimanche matin, muni des Sacrements de l’Eglise, allant ainsi rejoindre ses
prédécesseurs.’’

Solange Lusiku, une missionnaire mondiale hors pair

Il y a, au compteur de cette grande dame, 28 pays visités dans le monde, sans luxe, logeant dans des hôtels moyens, animant des conférences en Occident et en Afrique pour sensibiliser la communauté internationale sur les
dangers que courent les communautés congolaises, mener tambour battant son interminable lutte pour la démocratie, la liberté de la presse, la lutte contre les violences basées sur le genre, la lutte pour les principes de la redevabilité sociale… Une lutte permanente qui s’affiche comme un symbole d’espoir pour des millions de vulnérables et indignés de la nation. Ses positions furent même par moment dangereuses, mais elles s’inscrivaient toujours dans le sens de l’intérêt du peuple, et sa fin intervient dans ce contexte temporel qui a vu partir trois vaillants bergers de l’église catholique, laissant toute une nation dans le deuil.

Pacifique Muliri

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