Solange Lusiku, une journaliste de combat

Tout Bukavu est descendu dans la rue ce mercredi, pour rendre un dernier hommage à une journaliste de combat,
une femme de convictions. Solange Lusiku, 46 ans, emportée par un mal foudroyant qui a rendu impossible
toute tentative de transfert, appartient déjà à l’histoire du Sud-Kivu. Directrice du journal ‘‘Le Souverain Libre’’, cette mère de sept enfants menait un combat sur plusieurs plans. Pour la survie de son journal d’abord, qui ne paraissait qu’épisodiquement, en fonction des moyens disponibles. Imprimé en Ouganda, transporté de manière aléatoire, Le Souverain était cependant un périodique indispensable. Il faisait le point sur la politique, sur la vie de la ville.
Les éditoriaux, les prises de position de Solange Lusiku tranchaient par leur hardiesse. Comment conjugue-t-on « chevalier de la plume » au féminin ? Cette femme sans peur était une combattante, elle dénonçait les pilleurs de tout acabit, s’en prenait aux plus hautes autorités de la province, et ses écrits ne furent pas pour rien dans le désaveu qui
frappe l’ancien gouverneur Marcellin Cishambo, avec lequel elle croisa le fer à maintes occasions. Solange Lusiku, avec sa prestance et son regard de feu, était un pur produit du Sud-Kivu, elle avait étudié à l’Isp (Institut supérieur
pédagogique), puis travaillé dans deux radios catholiques, Radio Maendeleo et Radio Maria, dépendant
de l’archidiocèse. Les journalistes étrangers trouvaient toujours auprès d’elle un accueil chaleureux et informé. Elle
collabora avec Milo Rau lors du tournage de son film « Tribunal sur le Congo », où elle était une sorte
d’appariteur, de modératrice, donnant la parole au public et canalisant les émotions. Ses qualités de plume, son engagement, lui avaient valu de se voir décerner le titre de Docteur Honoris causa de l’Université de Louvain, et elle comptait de nombreux amis en Belgique, dont les Mutualités chrétiennes de Tournai, qui se battaient pour
doter « Le Souverain » d’une nouvelle imprimerie et de moyens de production adéquats.

Colette Braeckman

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