L’exploitation économique des enfants: calvaire ignoré au Sud-Kivu

« Je vends des cannes à sucre, car Maman n’a pas de travail ; elle n’a également pas d’argent ; Papa nous a abandonnés il y a plusieurs jours. Mes huit petits frères et moi, personne ne va à l’école. Ma tante maternelle m’avait donné un peu d’argent, et à présent, je vends des cannes à sucre pour trouver de quoi manger et subvenir aux besoins de la famille », raconte Daniella, une fillette
de 12 ans qui a abandonné les études en troisième primaire et se retrouve aujourd’hui au marché de Nyawera, dans la vente de cannes à sucre. Cette petite fille habite le quartier Igoki, dans le territoire de Kabare.
Elle parcourt chaque jour plusieurs kilomètres pour vendre des cannes à sucre au marché de
Nyawera, dans l’objectif de pouvoir nourrir, vêtir et faire soigner ses frères en cas de maladie. « Si je
vends pour l’équivalent d’un montant de 3.000 Francs congolais par jour, on achète de la nourriture
pour 2.000 Francs congolais, et avec les 1.000 Francs congolais qui restent, je m’approvisionne
en marchandise le lendemain, et lorsque l’un des enfants tombe malade, je ne puis qu’acheter
quelques comprimés, car nous ne sommes pas à même de trouver de quoi payer une consultation à
l’hôpital », rapporte Daniella, en larmes, tout en exprimant le désir de se faire épauler par quelque personne de bonne volonté. Daniella n’est pas le seul enfant à pratiquer un petit commerce ambulant pour subvenir aux besoins de sa famille. Dieudonné Mushagalusa, un autre un enfant en âge scolaire, vend des beignets, et il avoue ne percevoir que 8.000 Francs congolais à la fin de la semaine. « Je vends ces beignets pour une dame de l’avenue Isgea, en commune d’Ibanda. J’ai commencé ce travail à l’âge de 8 ans, lorsque, dans ma famille, on pouvait passer même deux jours sans manger. J’ai décidé de venir en ville pour trouver de quoi nourrir ma famille. »
A la question de savoir pourquoi Mushagalusa ne paie pas ses études quand il perçoit son salaire,
voici sa réponse : « Si je rentrais à l’école, mes quatre petits frères et ma mère mourraient de faim.
C’est très dur, de me faire scolariser, avec toutes les charges qui pèsent sur moi. » Ce petit garçon,
d’environ 14 ans, est un habitant du quartier Chai, en commune de Bagira, et est orphelin de père.
Daniella, Dieudonné, ainsi que plusieurs autres enfants, sont exploités dans le commerce ambulant
de produits de première nécessité (beignets, samusa, canne à sucre, et bien d’autres). Ceci contre
leur gré. Ces enfants déplorent le fait que ce petit commerce ne leur garantit pas l’avenir. Ils rêvent tous d’aller à l’école.
Réagissant à cette situation, Jean-Moreau Tubibu, défenseur des droits de l’homme, parle d’esclavage moderne auquel sont soumis ces enfants, et appelle autant les parents que le gouvernement congolais à jouer correctement leurs rôles pour permettre à tous les enfants congolais de parvenir à se construire un avenir meilleur. Pour lui, de nombreux enfants congolais se retrouvent dans ces conditions suite au chômage effectif de plus de 80% des personnes adultes. « Nous affirmons qu’il s’agit bel et bien d’une nouvelle forme d’esclavage qui ne devrait pas du tout être tolérée, à en croire les dispositions de la déclaration universelle des droits humains et la constitution de notre pays. Qui prévoient tous que la place de l’enfant, c’est dans la famille, à l’école
et dans les espaces de jeux », indique- t-il à ce propos.
Bien que de telles pratiques constituent de graves violations s droits de l’enfant, certains
parents disent recourir à de telles pratiques pour subvenir aux besoins de leurs familles, en raison de la précarité criante qui se vit dans le pays, et au Sud-Kivu en particulier.
Néanmoins, ‘‘Selon la loi de notre pays, le travail est réservé aux personnes âgées de plus de 18
ans, mais comme la vie est difficile, les parents sont pauvres, c’est pourquoi ils envoient les enfants
pratiquer du commerce et faire d’autres travaux, en dépit de leur âge et de leurs capacités… C’est
difficile, mais rien à faire’’, regrette un parent rencontré à Nyawera. Face à ces défis, Mme Mamy Masimane, chef de division en charge de l’Enfance, assure que le gouvernement congolais s’investit dans la lutte contre cette exploitation, par la sensibilisation des parents sur les droits des enfants, ce qui passe par la création de réseaux de médiation des familles pour lutter contre les abus contre les droits de l’enfant dans la communauté. Du côté de la Police de protection de l’enfance, on assure aussi que des mesures sont mises en oeuvre pour remettre dans leurs droits les enfants, en cas d’abus. ‘‘Nous interpellons les auteurs des violations des droits des enfants, et exigeons de leur part des réparations et des amendes, et même parfois, nous en plaçons en garde de vue, avant de les transférer devant les juridictions compétentes’’, conclut le commissaire de la Police de protection
de l’enfant du Sud-Kivu. Bien que dans la rue, l’on se rend compte que ces enfants n’ont de cesse de lancer une sonnette d’alarme pour que le gouvernement congolais, les organisations qui plaident pour les droits de l’enfant et des personnes de bonne volontés puissent leur venir en aide.

Claudine Kitumaini

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*