Marchés des maladies

L’exposition des femmes aux maladies infectieuses par des voies inférieures n’est pas seulement à l’apanage l’appareil féminin de reproduction, même si ce dernier en demeure la principale porte d’entrée, est décrite et des pistes de solutions proposées. Une nouvelle
forme ostentatoire se nomme les latrines, ou ce qu’il en reste, utilisées dans divers marchés de la ville de Bukavu et ses périphéries. La ronde dans les petits et grands marchés montre que ces endroits ne sont pas seulement de taudis ou de bauges, mais sont des cultures ou sièges des microbes nocifs et funestes au genre humain. Qu’il soit à Nyawera, à Mashinji ou Beach Muhanzi, à Bagira, au Grand marché de Kadutu, au marché Limanga, au Bashomele, à Kamagema, à la Brasserie, à Nguba et dans d’autres lieux publics où l’on expose des articles et termes des vivres et non vivres, pour accéder aux toilettes, il n’y a pas des détours à faire. On longe tout droit des endroits
plus qu’insalubres. Des eaux usées, des urines mélangées à la poussière forment une solution gluante et visqueuse d’une consistance molle. Des planches sont usées, humides, souillées donnant l’impression des vomissures susceptibles d’ôter tout envie d’évacuer ses deuils internes. On voudrait bien les garder à l’interne que de marcher dans cette souillure inimaginable, cette fange qui colle tout
en dégoulinant des orteils causant un bruit inaudible et abject. Ces expectorations gluantisées par des eaux de pluies,
des giclements et d’aspersions humaines au contact avec la gadouille dont seule la ville de Bukavu et les grands centres
commerciaux situés au Nord de la ville savent fournir à leurs habitants. Ce qui vous démange et vous procure cette sensation de
démangeaisons de misère hautaine et cette peur d’être déjà en contact avec le béton de boue que le poids de l’eau déverse
sur le cercueil déchiquetant les mailles et creusant sa trouée sous le caveau et couvrir petit à petit le macchabée en sa dernière demeure.
Ces laideurs originales, muqueuses en plus en dessous des pattes des femmes, gargouillantes produisent des râles crépitant comme des petites boules de feu, et des crachats gros et nummulaires de la colliquation d’une viscosité haute et répugnante. C’est l’image que donnent les latrines de nos marchés.
C’est dans cette «mare au diable», pour emprunter l’expression de l’écrivain français George Sand, que se croisent et s’entrecroisent les vendeuses de différents marchés de Bukavu. Si l’on considère des sécrétions cutanées mêlées à ces odeurs pestilentielles rythmées par des gazouillements des mouches et des borborygmes des matières fécales dans les masures appelées latrines, toutes la gente féminine qui fréquentent ces endroits est sujette tant à des infections urinaires qu’à d’autres diverses maladies passant par des voies inférieures du corps humain. Et pourtant la promotion de l’hygiène et de l’éducation sanitaire a été déterminante en termes d’impact sur la construction
des latrines propres, appelées VIP dans des pays de l’Afrique australe, il y a de cela dix ans. Il est vrai que les technologies appropriées
et les infrastructures améliorées d’assainissement ne mènent pas nécessairement à des améliorations de la santé des utilisateurs si pas utilisatrices. Cependant, elles en constituent un bon départ. Il est, à ce jour, incontestable que les bénéfices de tous ces marchés du Sud-Kivu, au niveau de la santé, viendraient de l’amélioration des comportements de leurs dirigeants par rapport à l’hygiène des latrines. Il faut y ajouter une dose de changement de comportement de la part des usagers qui s’évertuent à le faire dans la nature. Cette réussite passe plus par la simple fourniture d’infrastructures appropriées. Et ce, à bon-marché. Si nos marchés publics, les plus prisés par les Sud-kivutiens, réussissaient ce pari, la participation active des usagers amènerait à la promotion de l’hygiène dans ces infrastructures. Ce qui garantit, à coup sûr, des succès notables de la part des dirigeants. Au niveau de ces marchés, on créerait, comme ailleurs, dans certains
pays d’Afrique, des clubs communautaires de la santé. Ces clubs ont ‘‘si bien réussi à améliorer le comportement en matière d’hygiène
et à susciter la demande en infrastructures d’assainissement que, dans certaines régions, les agences gérant les programmes
d’assainissement ont décidé que les subventions aux latrines soient disponibles pour ceux qui ont terminé leurs stages d’éducation
sanitaire organisés par leur Club communautaire de la santé.’’ Un bon exemple pour les gestionnaires des toilettes aux marchés de
la province. Une bonne manière de créer de l’emploi et d’assainir ces milieux publics. Dans le cas contraire, les espaces pour ventes, achats et d’autres échanges commerciaux éparpillés dans la province, resteront, pour les femmes vendeuses du Sud-Kivu, des marchés des maladies.

La Rédaction

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