Les femmes battues souffrent et meurent en silence

Beaucoup de dames subissent des coups de poing et meurent en silence. Les coutumes et les religions leur enseignent soumission, fidélité et maternité. Elles devraient suivre les lois pour des mariages sécurisés. « Congolaises et Congolais, levons-nous pour défendre les droits des femmes » sera le thème national de la journée du 8 mars 2020.

« Mon mari me bat chaque soir quand il rentre du travail. Il est gérant d’un des multiples hôtels de la ville. Il commence par m’injurier. Il répète avoir commis une grosse erreur en m’épousant », se lamente MA, vendeuse des fretins au marché de la commune de Bagira.

Elle explique que son conjoint prend beaucoup d’alcool et n’arrive pas à se maîtriser. « Sa cure journalière minimale serait de quatre bouteilles ».

Cette mère d’une fillette de 7 ans et d’un garçonnet de 4 ans rappelle avoir été à l’aise quand son mari n’avait pas de boulot. GM habite l’avenue Brasserie dans la même commune de Bagira. Cette femme de ménage et mère de trois jolies filles vient d’accomplir sept années de mariage et, selon elle, de calvaire. « Monsieur a l’habitude de me donner des coups. J’ai risqué un jour de perdre une grossesse de 7 mois. Le voisin est venu me secourir et m’amener agonisante à l’hôpital », rappelle-t-elle, inquiète, ajoutant « cet homme menace quelques fois de prendre une seconde femme et le crie à tous nos enfants. Il est irresponsable et inculque des mauvaises idées à nos filles ».

Les coutumes et les religions enseignent, aux femmes, la soumission et la fidélité dans toutes les circonstances. Quelques dames se libèrent de ces normes négatives. « Mon mari est alcoolique. Il vendait les cartes d’appel prépayées. Il devient chômeur et tient à sa bouteille au lieu de s’occuper de la famille », s’énerve AK de l’avenue Albert Kayabu à Nguba.

Mariée depuis 3 ans et déjà mère de deux enfants, cette jeune femme se souvient avoir dû arrêter ses études au niveau de la 5ème année des humanités suite à une grossesse non désirée et à cette union inopportune. « Si je quitte ce foyer, je me créerais d’autres opportunités, notamment rentrer à l’école », se fortifie-t-elle, déçue.

Selon des sources policières, quatre femmes sur dix subissent des violences conjugales à Bukavu. Elles n’en pipent pas souvent mot, craignant de publier leurs déconvenues et salir leur réputation. D’autres soutiennent que ça ne sert à rien de quitter le foyer après avoir eu plusieurs enfants. « La valeur d’une femme réside dans le mariage »,

clame-t-on dans la ville. « Plusieurs femmes sont victimes de différentes violences dans leur foyer. L’absence des mariages civils en est la principale cause. Les dames devraient l’exiger pour se sentir plus en sécurité », expliquait en 2018, Douce Namwezi, alors présidente du comité de gestion de Femme au fone. « Il y a une violence qui est très tueuse, on n’en parle pas beaucoup, la violence domestique. C’est vrai, nous avons attaché trop d’attention, aux viols. C’est vrai puisque ça touche aussi l’intégrité physique de la femme, les violences sexuelles…Mais les autres formes de violences, qu’est-ce que nous en faisons ? », vient de s’interroger la ministre du genre et famille, Béatrice Lomeya. Elle rappelle que le thème national de la journée internationale des droits des femmes 2020 sera « Congolaises et Congolais, levons-nous pour défendre les droits des femmes ». Selon la ministre, les violences conjugales font de nombreuses victimes parmi les femmes et plusieurs en meurent dans le silence.

Joëlle Bufole

 

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