Pour une académie congolaise

Il y a 69 ans (1949-2018) qu’en Afrique, le Professeur Kanigula Mubagwa apprenait que quatre ans avant sa naissance, Cheik Anta Diop, le savant sénégalais, avait fait inscrire sur les registres de l’université de Sorbonne le sujet de la thèse de doctorat en Lettres qu’il se proposait de traiter, sous la direction du professeur Gaston
Bachelard. En ce moment-là, cette personnalité scientifique qui allait devenir une icône de l’académie
scientifique du Sénégal et africaine n’avait que 26 ans, mais le Pr Mubagwa ne l’a jamais oublié. Le sujet
de sa thèse était ‘‘L’avenir culturel de la pensée africaine’’. Des années plus tard, l’un des porteurs congolais
du sang scientifique au monde dans le domaine médical, 65 ans d’âge, le Pr Kanigula Mubagwa,
s’ouvre au monde et lance un plaidoyer pour la création d’une ‘‘Académie congolaise des Sciences, Littérature,
Arts et Culture.’’

« Corruptio optimi pessima », Mubagwa dixit…

 Ce professeur congolais va plus loin et s’interroge sur ce qui s’est
passé depuis lors pour que le pays se retrouve dans sa situation actuelle.
En se basant sur des hypothèses sérieuses, le Pr Kanigula Mubagwa renchérit en affirmant que certains pensent, non sans raison, que ces succès étaient sans doute dus à la compétence et l’organisation des colonisateurs, dont
le départ serait la cause première des échecs. On peut lire, dans ce document, que « Le manque de cadres à l’indépendance du pays et l’instabilité politique qui a prévalu au début auraient ainsi constitué
un mauvais départ, à la base des échecs actuels. Mais c’est oublier que le pays a engrangé de nombreux
succès durant les premières années suivant l’indépendance, y compris la formation de plusieurs cadres universitaires de qualité.

Extrait du plaidoyer du Pr Kanigula Mubagwa

Position de la Rd Congo dans le monde scientifique à récupérer
Quelques observations peuvent être faites de façon générale à propos du rayonnement des scientifiques Rd Congolais, notamment ceux qui ont pu évoluer à l’étranger. Premièrement, le fait qu’ils soient peu connus au pays constitue une perte d’exemples (« role models ») auxquels la jeunesse pourrait essayer de s’identifier en suivant leur chemin vers la connaissance, leur recherche de l’excellence. Deuxièmement, ces scientifiques se connaissent très peu entre eux-mêmes, par défaut de contacts organisés, car ils sont dispersés dans divers pays à travers le monde, ou dans diverses institutions dans un même pays. Plus flagrant est le fait qu’il y a peu de contacts entre les scientifiques de la diaspora et ceux restés (souvent dans l’isolement) au pays. Troisièmement, malgré la présence de ces scientifiques dans plusieurs académies à caractère national, il y a une sous-représentation de Rd Congolais vivant au pays ou provenant de la diaspora au sein d’académies supranationales. Pour ne citer qu’un exemple, l’African Academy of Sciences (AAS), la plus prestigieuse du continent, comptait en 2017 un total de 370 membres, dont seulement sept de la Rd Congo (presque tous de la diaspora), alors que par exemple le Cameroun en avait vingt, l’Ethiopie vint et un, le Kenya 41 et le Nigéria 63. Nous avons déjà signalé plus haut l’absence de Congolais comme membres de la Tw as. Pourquoi une académie congolaise La récupération de la place de la Rd Congo ne passera pas seulement par des succès individuels et isolés. Elle passe de toute évidence par le redressement du pays, mais ce redressement est lui-même dépendant d’une bonne organisation et de performances scientifiques des Congolais en tant que communauté. Pour être efficaces, les scientifiques Congolais doivent donc chercher à travailler ensemble, examiner ensemble certains problèmes du pays et la façon d’y apporter des solutions. Une académie doit servir comme organe, constituée de membres de haut calibre scientifique, capable de formuler des avis sur la politique scientifique du pays, surtout en matière de recherche et d’éducation. Plusieurs instances de décision, notamment les pouvoirs politiques, pourraient consulter une telle académie pour avis, par exemple lorsqu’il faut.

 

Solange Lusiku

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