Yvette Lufungulo, une pédiatre genrée

des histoires émouvantes, dans la vie de cette mère d’enfants ! L’an dernier, la veille de son 37ème anniversaire d’age, le 23 octobre 2017, les larmes lui sortirent lorsqu’un enfant hospitalisé lui avait offert  en plein tour de salles
un bateau fabriqué à la main, à l’aide d’un papier plié en divers sens. C’était une oeuvre artistique que ce petit garçon leucemique de neuf ans avait prévu comme cadeau pour son affectueuse médecin, qu’il proclamait aimer.
En 2017 toujours, dans l’amphithéatre du Pr Stanislas Homont debordant dans un forum entre étudiants et scientifiques, les questions des intervenants avaient été soigneusement sélectionnées, le temps de réponse des intervenants scrupuleusement compté, la machine fonctionne bien… Et voila qu’au premier rang, un doigt
perturbateur et insistant se lève. La modératrice s’approche d’une étudiante : « Juste une question, et surtout ne soyez pas longue. » L’étudiante se dirige vers le micro. D’une voix claire et posée, elle évoque le fléau de l’anémie comme l’une des principales causes de décés chez les enfants, et interpelle les médecins jusqu’à captiver
l’attention de la salle. Silence dans la salle… Le message passe, au point de raisonner les scientifiques.
Plus loin, une femme en blouse blanche, lunettes à monture de marque Ray Ban, demande à intervenir sur l’estrade. À coté du Dr Mwanza Nangunia, ministre provincial de la Santé de l’époque, Dr Lufungulo, accablée et mi-amusée
par l’aplomb de l’interrogatrice, la remercie d’avoir mis ce problème réel sur la table. Et lui donne son
adresse électronique, bien déterminée à la rencontrer. Les questions liées à l’anémie sont son terrain
de bataille. Une femme forte égale aussi une femme bosseuse…
Depuis son enfance, elle est comme ça, Yvette. Engagée dans la vie. ‘‘A l’école [le lycée Wima], j’étais une élève vivante, j’aimais prendre la parole pour évoquer des pensées qui me passionnaient…
Mille idées à l’heure, mille engagements par minute, mille pojets par seconde.’’ Pas de vraies vacances d’enfance six ans durant en raison de ses besoins en documentation. Et actuellement ? ‘‘J’ai l’impression que je passe par
moments des journées de plus de vingt-cinq heures… Travailler, être mère de foyer en poursuivant des recherches doctorales, ce n’est pas une tâche facile.’’ Mais si toutes les femmes-médecinsmodèles de la planète racontaient
de façon aussi dispersée, brutale, drôle, leurs aventures du travail, les coups durs des gardes, les soirées d’amertume et de stress, avec des transfusions et des surveillances en soins intensifs, la crise de communication médicale
prendrait fin. Et si Yvette n’était pas consciente des efforts et des sacrifices qu’elle devait consentir pour avancer, ou si elle s’était laisser emporter par l’ancienne conception réservant à la femme la seule place de la cuisine, jamais
cette ‘‘pédiatre et star des enfants’’ n’aurait pu exister. Car ces jeux déments dont elle dispose du secret avec ses patients rendent très collaboratifs ces derniers sur le plan de la santé. Son récit, un plaidoyer pour
son service Elle est fort lucide, Yvette Lufungulo, lorsqu’elle explique qu’elle voudrait ‘‘Être millionnaire pour
résoudre tous les problèmes de santé qui frappent les enfants congolais.’’ Les besoins sont criants en matériel médical, ici : petits kits de réanimation, monitoring cardio-respiratoire, respirateur pédiatrique, matelas chauffants,
appareils de photothérapie… ‘‘Je ne mentirais pas si je vous affirmais que nous sommes le premier service de pédiatrie de la province disposant de professeurs, de spécialistes et d’assistants, tous engagés pour la cause de l’enfant.’’ Elle poursuit en nous expliquant l’origine de ses stress : ‘‘Tu comprends que, déjà, payer les soins,
c’est compliqué à Bukavu. 70% de la population est composé d’indigents.’’ Puis, elle nous avoue qu’elle n’a
jamais pu se séparer de l’amour de sa mère. ‘‘J’ai eu à passer des mois et des mois sans apporter le moindre revenu chez moi, car certains de mes patients avaient besoin de quelque médicament essentiel pour leur survie, de certains
examens médicaux approfondis pouvant nous conduire à des diagnostics particuliers qui étaient refusés par les parents au motif que cela coûtait cher, et j’étais souvent  lorsque les moyens me le permettaient  obligée de payer
seule ces factures, de manière que, d’une manière ou d’une autre, ces enfants recouvrent leur santé. »
Ce que ça fait, que d’être médecin et femme dans un monde médical à majorité masculin en 2005
Des témoignages rapportent que Dr Yvette n’a jamais été complexée lors des réunions de staff du matin,
ni au cours des tours de salle, et elle en profitait pour passer ses idées. Il n’y a pas de différence entre une
femme médecin et un un homme médecin. ‘‘Avez-vous déjà entendu parler du féminin du mot médecin
?’’, nous demande-t-elle ironiquement. Continuant, comme pour attester qu’à sa question, ne pouvait
suivre que ce qu’elle engendrait : ‘‘C’est la médecine, qui est la vraie démonstration de l’équilibre genre.’’ En effet, elle s’est même osée à nous lancer cela au visage.

Du cheminement de Dr Yvette ‘‘Ma première prestation comme médecin généraliste, ce fut en gynécologie,
où j’avais assisté à un accouchement d’une dame qui désirait une contraception définitive.
C’est moi qui ai procédé à cette ligature, et c’était ma première intervention en tant que médecin.’’
A considérer les détails du propos et la tête qu’elle fait en nous racontant cette histoire, nous avons
admis que c’était visiblement son baptême du feu en médecine. Lorsqu’elle doit passer par le
tour de salle en pédiatrie à l’Hpgrb, Yvette dévoile que, tout en déstressant les enfants, trop soûle de sa
médecine, elle rejette les appels au téléphone : ‘‘Non, non, non, je n’irai pas en vacances, car mes amis veulent que je les soutienne.’’ Les amis dont elle parle, ce sont ses patients. Tant de talents, cela semble déjà excitant en soi. Mais si Dr Yvette raffole des tabloids d’outremanche, la salle sept du service de pédiatrie de l’Hpgrb. Mais qu’elle
n’oublie pas qu’à coté d’elle, il y a un autre grand pédiatre, le Dr Serge Balolebwami, qui apporte du punch dans la prise en charge des enfants.

Pacifique Muliri

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