Bukavu : Les parents boudent les filles footballeuses

Certains parents de la ville de Bukavu considèrent les filles qui jouent au football comme des personnes ayant raté l’éducation. Le fondateur et animateur principal de l’Ecole de football (Ecofoot) de la ville leur rétorque que son institution est un centre d’encadrement intégral des jeunes.

L’Ecole de football (Ecofoot/Bukavu) comprend plusieurs aires de jeu, entre les installations portuaires de la Société nationale des chemins de fer du Congo (Sncc) et le marché Beach Muhanzi, sur les rives du lac Kivu, dans la commune de Kadutu. Beaucoup de jeunes garçons y affluent, provenant de tous les coins de la ville. Mais aucune fille n’y est visible alors que l’Entente de football de Bukavu (Efbuk) organise une version féminine dont les championnes participent à des compétitions nationales.

Le poids des coutumes rétrogrades

Certains parents expliquent différemment cet état des choses. « Lesus et coutumes n’autorisent pas aux filles de pratiquer certains jeux réservés traditionnellement aux garçons. Des nombreuses demoiselles n’éprouvent pas ainsi cette envie de jouer au foot. L’absence de motivation ou d’intérêt constitue un autre facteur », explique Innocent Cigoho, la trentaine bien sonnée et travailleur dans une entreprise logée au centre pastoral Mgr Kaningu de l’archidiocèse catholique de Bukavu. Il ajoute ne voir aucun intérêt d’envoyer les jeunes filles à l’Ecofoot. Selon lui, même les garçons qui y endent, ne peuvent espérer un avenir radieux à moins qu’ils ne soient sollicités par des clubs européens. Pour Lugaba Matumaini rencontrée à l’Université Simon Kimbangu vers le rond point Major Vangu dans la commune d’Ibanda, les fondamentaux des sports devraient être inculqués au niveau des écoles maternelles et primaires. « Il est important de donner une bonne éducation sportive aux enfants dès le bas âge », insiste cette dame, commençant à sentir le poids de l’âge mais gardant une allure athlétique.

 La socialisation des enfants

Le quadragénaire, Trésor Mazimingi, pense pour sa part que toute forme d’éducation  s’acquiert dans la famille et souligne qu’il n’y aura pas des changements dans le domaine sportif aussi longtemps que les parents continueront à distinguer les jouets destinés aux filles et ceux pour les garçons. « Quandil s’agit de distribuer les jouets aux enfants, certains parents achètent des poupées aux filles et des ballons ou des voitures aux garçons. Ils détruisent le mental de leurs enfants sans le savoir. Les jeunes filles ne pourront pas ainsi s’intéresser au

football. Les sports devraient constituer un sujet à débattre régulièrement dans les familles et les églises. Il faut montrer aux enfants qu’ils sont tous égaux et qu’ils doivent jouer ensemble car il n’y a pas de jeu pour les garçons et un autre pour les filles. Tous les jeux, que ça soit le football, le basketball, le tennis ou la natation … sont destinés à tous les sexes », explique-t-il.

L’entraîneur Dido Kafilongo de l’Ecofoot admet que des nombreux parents pensent effectivement que les enfants inscrits à son école deviennent des délinquants. Selon lui, les enfants y apprennent plusieurs matières dont la psychologie, la morale et bien d’autres. « Les gosses se respectent et sont bien encadrés par les enseignants formés. Les parents doivent mettre en tête que l’école de football de Bukavu n’appartient pas seulement aux garçons mais aussi aux filles ». Il exhorte les parents à lui leurs filles âgées de 8 à 15 ans pour évoluer aux côtes de leurs frères.

Christian Kika

 

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